L'Histoire du rock :

 

 

Les années 1980

 

 

CONSCIENCE POLITIQUE ET AVENEMENT DE LA TECHNOLOGIE (1980-1991)...

 

 


      Désormais adulte, le rock s'est installé au cours des années 1970 dans un rythme de croisière que les punks anglais ont fait voler en éclats. Les années 1980 s'ouvrent donc sur la promesse — rapidement déçue — d'un recommencement.

 

La new wave, transition vers un rock plus « mûr »

 

      Si le terme new wave désigne aujourd'hui essentiellement la période 1981-1984, il convient de noter son utilisation première pour décrire, dès la fin des années 1970, des artistes tels que Joe Jackson, Elvis Costello ou encore The Police, qui apportent un souffle nouveau au rock, une troisième voie par leur approche différente de la musique et de la composition.

 

      Dans un contexte de crise économique lourd de conséquences sociales (thatchérisme), des formations rock apparaissent qui remettent en cause à leur tour le discours punk des années précédentes : la révolte cède la place à une résignation et à un pessimisme relayés dans un premier temps par des groupes estampillés « post-punk » — Wire (Chairs Missing, 1978), Siouxsie and the Banshees (The Scream, 1978), The Fall (Dragnet, 1979), Stranglers (La Folie, 1981), Killing Joke (Revelations, 1982) —, musicalement encore proches des constructions simples, directes et agressives de leurs glorieux aînés Clash, Damned et autres Sex Pistols, puis par des groupes new wave dont la démarche est sous-tendue par une sorte d'« esthétique » du désespoir. Joy Division (Closer, 1980) et The Cure (Pornography, 1982) en sont les parangons : privilégiant des atmosphères le plus souvent froides créées par des lignes de basse omniprésentes, des guitares aériennes, des nappes de synthétiseurs vaporeuses et des rythmes implacables de régularité (voire de monotonie), les musiciens de cette tendance évoquent sans détours, mais non sans une certaine retenue dans la forme, les aspects les plus désespérés de la condition humaine, se piquant parfois de références littéraires (romantisme et symbolisme principalement) dûment sélectionnées.

 

     Autour de ces deux satellites gravitent de multiples sous-genres, parfois caricaturaux : new wave-rock (U2 à ses débuts, Echo and the Bunnymen), new wave-pop (The Smiths), pop synthétique (OMD, Depeche Mode, Tears For Fears, Simple Minds première période, puis Talk Talk, Eurythmics), cold wave (Bauhaus), new wave gothique (The Sisters of Mercy), new wave « atmosphérique » (Cocteau Twins, Dead Can Dance). La new wave essaime en outre partout en Europe, notamment en France où la scène rennaise fait figure de pionnière (Marc Seberg, Étienne Daho à ses débuts).

 

 Clips vidéo et rock FM

 

      La création de la chaîne de télévision MTV aux États-Unis constitue l'un des événements majeurs de l'histoire du rock. Les plus pessimistes y voient immédiatement une grave menace de banalisation et de perte de qualité (conséquence d'un élitisme pénalisant les petites structures, favorisant toujours les mêmes artistes et freinant la découverte de nouveaux talents) ; les Buggles ne chantent-ils pas « Video Kills the Radio Stars ? » David Bowie et son Let's Dance (1982) constituent une parfaite illustration de ce phénomène : certains titres de l'album, relevant d'une qualité musicale déclinante à l'aune des chefs-d'œuvre passés, formatés pour le passage sur les ondes (autrement dit « faciles » à écouter), bénéficient d'une rotation en boucle. C'est l'apogée du « rock FM », négation de l'esprit pionnier et frondeur qui avait présidé à la naissance des radios libres. Toto, Foreigner, Huey Lewis and the News, Madonna, Kim Wilde, Paul Young, Nick Kershaw figurent parmi les représentants les plus emblématiques de cette tendance.

 

Toto 1                                                  Foreigner

Kim wilde

 

      La tendance générale est alors à l'excès, confirmée par la signature de contrats faramineux, des ventes de disques exponentielles — le Thriller (1982) de Michael Jackson s'est vendu à quelque 40 millions d'exemplaires à travers le monde — et des concerts toujours plus gigantesques au cours desquels les artistes se mettent en valeur et la musique s'efface derrière des effets spectaculaires.. 

 

Engagement politique et musiques du monde.

 

      Le rock est un succès commercial sans précédent et devient l'objet de toutes les convoitises : les publicitaires notamment s'emparent de cette musique jeune et « branchée » apte à favoriser la vente de tout type de produit. Certains artistes décident alors de mettre leur image et leur notoriété au service de causes humanitaires qu'ils défendent soit lors de concerts-événements tels que le Live Aid en 1985 ou au cours de tournées organisées par des associations comme Amnesty International.

 

Live aid 1985

     

      Cependant, d'aucuns émettent immédiatement des doutes quant à la sincérité de cette démarche qui permettrait selon eux de promouvoir les artistes concernés aux dépens de la cause qu'ils défendent. L'impact musical de cette ouverture vers de nouveaux horizons essentiellement géopolitiques est néanmoins non négligeable : les musiciens de rock s'intéressent désormais à d'autres cultures et intègrent le résultat de leurs investigations et découvertes à leur propre démarche artistique. Peter Gabriel est l'un des pionniers de ce mouvement, par l'intermédiaire de son label Realworld au sein duquel évolue notamment Youssou N'Dour. David Byrne du groupe Talking Heads et le guitariste Ry Cooder optent également pour ce métissage. Toutes les musiques du monde ont dorénavant droit de cité.

 

Peter gabriel

 

 Le mouvement alternatif et le rock indépendant

 

      Véritable lame de fond, le mouvement alternatif rejette les nouvelles aspirations universelles et humanitaires du rock, jugées malhonnêtes, intéressées et dangereuses en termes de création artistique, et prône un retour à des valeurs d'indépendance et de liberté tant artistiques que financières. Sur les traces de labels tels que 4AD ou Creation en Angleterre, les maisons de disques New rose et Danceteria renouvellent le rock français de l'intérieur : des formations telles que Bérurier noir, Ludwig Von 88, La Mano Negra, les Négresses vertes et Noir Désir privilégient désormais une attitude détachée des impératifs commerciaux qui ont prédominé dans la première partie des années 1980.

 

Mano negra                                                               Les negresses vertes

 

      De nombreuses formations (Pixies, R.E.M., The Church, The Replacements, The Feelies, The Go-Betweens, Pavement, etc.) sont engagées par de petits labels qui leur offrent une chance de se faire connaître ; en cas de réussite, leur contrat est le plus souvent racheté par une maison de disques plus importante. La notion de rock indépendant ne possède alors plus la même signification, puisque ces groupes disposent d'un réseau de promotion et de distribution de type industriel, inaccessible aux structures de petite taille.

 

Pixies 1                                                            Rem 2

 

The church                    The replacement

 

 Les musiques électroniques intègrent la « famille » du rock

 

      En marge du rock, ce vent de liberté profite aux musiques électroniques, contraintes depuis leur émergence aux États-Unis puis en Angleterre (de la techno à l'acid-house) de s'épanouir dans la clandestinité. En 1987, le Summer of Love (ou « été de l'amour ») consacre un début de reconnaissance accordée à une nouvelle tendance fondée sur une musique écrite sur ordinateur et sur une communauté d'artistes revendiquant l'anonymat et d'auditeurs reléguant la notion de culte voué à un musicien ou un groupe au rang de souvenirs. Du single « Blue Monday » (1983) de New Order aux albums psychédéliques des Happy Mondays, le rock est « contaminé » par les musiques électroniques.

 

      Neworder                                                      Happy mondays

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